Sujets Relatifs /Aurélien Mole
Le travail de Gaël Pollin prend résolument le parti pris des choses tout en exploitant les différentes possibilités du médium photographique. D'une image à l'autre, Gaël Pollin cherche pour chaque sujet une mise en forme adéquate, capable de constituer dialectiquement des séries éclatées (les images en moins 2002, Egypte 2005). Utilisant les qualités de l'image argentique autant que celle de l'imagerie numérique, passant du noir et blanc à la couleur, de la prise de vue en studio à la numérisation d'images trouvées, le plan technique du travail tend in fine à couvrir le plus largement possible l'ensemble des procédés mis a sa disposition sous l'appellation photographie. Une des voies récurrente dans cette exploration du médium consiste à s'intéresser aux aperceptions de celui-ci. En effet, si l'on a pu s'extasier dés 1839, sur les capacités de rendu de la photographie, chaque image est cependant le résultat d'un certain nombre de choix exclusifs qui constituent un hors champ perceptif. Ainsi, choisir de capter les hautes lumières diminue d'autant l'information contenue dans les ombres. En combinant ces aperceptions telles l'envers, le volume, le reflet, l'échelle... aux différents genres établis par l'histoire de l'art que sont le portrait, le paysage, la nature morte... Gaël Pollin produit lentement des séries diachroniques où le générique côtoie le détail pris comme unité singulière. Provoquant sans cesse des ruptures dans les modes d'appréhension du sujet, le mouvement centripète qui anime chacune des séries fait qu'un ensemble se constitue hors de toute répétition du motif qui aurait la rassurante évidence d'un thème. Dénué de lyrisme dans une attention toute reportée sur le rendu, le sujet des images se joue et se rejoue dans les différents rapprochements que l'artiste effectue entre le peu de photographies qui constituent l'ensemble de son travail. Que ce soit sur les cimaises d'un lieu d'exposition ou dans les pages d'un magazine, l'indétermination de chaque élément permet une fluctuation du sens au fil des juxtapositions si bien que l'on pourrait presque parler pour chaque image de sujet relatif.
Extrait du Portfolio, Art21 n° 5. Décembre 2007